Imaginez que le plus haut personnage d’un Etat se prenne d’une passion dévorante telle que la lecture qui l’empêcherait d’exercer correctement son pouvoir. (Hypothèse peu probable dans notre propre pays vu les déclarations déplorables et affligeantes que la littérature française a dû subir ces temps derniers…)
   Allan Bennet est anglais et c’est tout naturellement à la reine Elisabeth II qu’il a pensé pour cette amusante fable sur les effets de la lecture. La Reine tombe un jour par hasard sur un antique bibliobus : par politesse royale, elle choisit un livre et le lit. C’est le début d’un terrible engrenage que nous connaissons bien : un livre en appelle un autre et on ne s’arrête plus jamais de lire ! Sauf que la Reine, vu son statut hors du commun des mortels, ne peut pas s’abstraire du monde. Sa nouvelle passion perturbe ses proches, le gouvernement anglais et même ses sujets.
   Ainsi, la lecture aujourd’hui perçue comme un acte inoffensif retrouve ici l’aspect subversif qu’on lui prêtait jusqu’au 19ème siècle. Sa connaissance toujours plus grande des auteurs la coupe également un peu plus de ses contemporains : si les ministres et les grands personnages du gouvernement s’avèrent ignares, la seule personne avec qui la reine peut échanger s’avère être un modeste cuisinier.
   

   Un court texte teinté d’une légère pointe d’humour british, qui réjouira les passionnés de lecture. La blogosphère littéraire a beaucoup lu cet ouvrage ! Chez Cunéipage et chez Ys, on adore, Amanda Meyre a passé un bon moment.

Alan Bennett, La reine des lectrices, Denoël, Et d'ailleurs, 2009. (The Uncommon reader). Traduit de l'anglais par Pierre Ménard. 173 p., 12 €.