Le roi de Kahel est la biographie romancée d'un personnage haut en couleur du 19ème siècle : Olivier de Sanderval, lyonnais chimiste, inventeur, philosophe à ses heures et pour ce qui nous intéresse ici, explorateur.
   Les colonisations sont déjà amorcées lorsque Sanderval se lance à la conquête du Fouta-Djalon, un massif montagneux de l'actuelle Guinée. Sanderval part avec l'appui des sociétés de géographie mais sans l'aval du gouvernement français. Son but est de devenir le maître du Fouta-Djalon mais également de matérialiser sa vision philosophique de l'humanité : il estime que la vieille Europe n'est plus la digne héritière des idées antiques et que cette pensée pourra être régénérer sur le continent africain. Néanmoins, malgré ce projet à teneur plutôt humaniste, Sanderval ne se départit pas toujours d’une certaine forme de mépris colonial propre à l’époque.
   Ses ambitions sont également évidemment matérialistes puisqu'il prévoit l'installation du chemin de fer et la mise en place de nouveaux liens commerciaux.

   Le roman fait ainsi alterner les voyages d'explorations où l'émerveillement côtoie le désappointement surtout lié aux multiples maladies qui assaille l'homme blanc et le récit détaillé des nombreuses tractations que Sanderval engage avec les Peuls, peuple largement majoritaire au Fouta-Djalon. Ainsi, Le roi de Kahel a la particularité d'être la biographie d'un homme blanc colonisateur d'une partie de l'actuelle Guinée, racontée par un homme noir, guinéen exilé. Monénembo s'empare de cette vie incroyable d'un homme excentrique, mégalomaniaque pour non seulement dresser la fresque des débuts de la colonisation mais aussi revenir sur la description du peuple peul. En effet, Monénembo avait déjà mis en scène l'histoire peule dans un roman paru au Seuil en 2004 et simplement intitulé Peuls.
   Le roman vaut pour son aspect documentaire qui n'empiète pas trop sur la vitalité romanesque. Les scènes de tractations avec les Peuls ou avec le gouvernement français m'ont paru un peu répétitives mais elles sont nécessaires à la compréhension des difficultés rencontrées par Sanderval. Au final, un texte plein d'allant qui donne à réfléchir sur une destinée hors du commun.

Tierno Monénembo, Le roi de Kahel, Seuil, 2008. 261 p., 19€.