Une fois n’est pas coutume, j’ai lu un lauréat de prix littéraire. Il faut dire que l’un de nos collègues bibliothécaires nous l’avait chaudement recommandé avant sa consécration.

   « Quelque part en Afghanistan ou ailleurs », une femme est seule au chevet de son mari blessé d’une balle dans la nuque. Il est inconscient, elle subvient à tous ses besoins. Elle lui parle aussi, comme elle n’a jamais pu le faire auparavant.

   Le texte est rythmé par la psalmodie des prières, par les respirations du malade. Les soins apportés au corps inerte ponctuent également le récit. Très vite, le lecteur est happé par cette monotonie des paroles et de l’action. Puis, peu à peu, la parole de la femme se délie complètement. Au départ, vindicative et menaçante envers ce mari qui l’oblige à rester dans un endroit dangereux, elle se révèle presque amoureuse et se confie, comme à une amie intime, et surtout comme à sa « pierre de patience ». Apparaissent alors toute la violence que subit cette épouse mais aussi la misère affective des rapports entre hommes et femmes.

   Ces malheurs humains trouvent un écho dans  la description allusive de la ville: elle semble désertée et dévastée, réduite à un champ de ruines. Rahimi porte un regard très noir, qui semble sans espoir, sur la condition féminine soumise à un régime intégriste. Les hommes, bien que souvent bourreaux, peuvent aussi être vus comme des victimes aliénées par l’idéologie.
   
Je reconnais un intérêt réel à ce texte, tant au niveau du style que du sujet mais je dois reconnaître que Syngué Sabour ne m’a pas touchée autant que je m’y attendais. Un avis mitigé pour moi mais Chiffonnette l'a beaucoup aimé tout comme de nombreux lecteurs de la blogosphère. Cathe  l'a bien aimé mais a préféré Terre et cendres.

Atiq Rahimi, Syngué sabour, Pierre de patience, POL, 2008. 154 p., 15€.