Une bonne surprise que cet ailleurs : j’avais peur d’être embarquée dans un énième livre écrit « par une femme pour des femmes » et j’ai vite ravalé mes préjugés idiots ! Voilà en effet un roman qui ne révolutionnera pas la littérature contemporaine mais qui offre un moment de lecture prenant et agréable.

   Il y a presque deux romans en un : le premier roman est celui de l’exil et de l’émigration. Dans les années 1920, Lilian fuit la Russie où toute sa famille a été massacrée lors d’un pogrom. Lors de cet événement traumatisant, sa fille de trois ans a également disparue. Lilian arrive seule à New York dans le quartier juif du Lower East Side et s’intègre rapidement. Elle devient couturière, puis gravit l’échelle sociale en devenant la fiancée d’un comédien en vue. Le New York des années 20 et le milieu du théâtre yiddish avec ses personnages attachants et hauts en couleurs sont très bien rendus et forment un arrière-plan historique et culturel fort riche.
   
Puis, subitement, alors que le roman aurait pu filer ainsi jusqu’à sa fin, entre intrigues amoureuses et descriptions sociales, un rebondissement fait basculer le récit vers tout autre chose : Lilian apprend en effet par une cousine russe fraîchement débarquée que sa fille serait vivante quelque part en Sibérie.
   
Elle décide alors de partir seule à travers les Etats-Unis pour rejoindre le détroit de Béring et rallier la Sibérie. Commence une quête insensée et obstinée, rythmée par des rencontres insolites et des mésaventures périlleuses.

   

  On ressent rapidement de l’empathie pour Lilian et on ne fait plus qu’un avec elle lors de son voyage. Le style d’Amy Bloom est recherché mais reste sobre, ce qui évite de surligner le caractère mélodramatique de l’intrigue. Il y a au contraire une vraie justesse de ton. Les pérégrinations de Lilian sont aussi l’occasion de s’interroger sur la place des femmes dans les sociétés patriarcales, qu’elles soient urbaines ou rurales.
   
La description de l’Amérique des années 20 semble très documentée, ce qui ajoute à l’intérêt du roman et à sa véracité.


Amy Bloom, Ailleurs, plus loin, Belfond, Littérature étrangère, 2008. Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Michèle Levy-Bram, 251 p., 19€.