Besson s’est adonné à un exercice de style somme toute assez courant en littérature : donner vie à un tableau. Il ne se contente pas de le décrire mais attribue une vie et des caractéristiques à chaque personnage et imagine les liens qui les unissent. L’exercice se poursuit tout au long du roman qui présente donc une unité de lieu et de temps.
 

   Besson a choisi un tableau d’Edward Hopper peint en 1942, extrêmement connu : Nighthawks (Les oiseaux de nuit). Cette scène nocturne dans un café peut aujourd’hui être considérée comme un symbole, une icône des Etats-Unis au même titre que le visage de Marylin M. ou la bouteille de Coca-Cola. Pour Hopper, ce tableau représentait surtout une réussite puisqu’il a déclaré : « C’est je crois l’une de meilleures choses que j’ai faite. J’ai réussi […] à m’approcher de ce que je veux exprimer dans mes tableaux comme je ne l’ai jamais réussi auparavant. » (Citation extraite de la très complète monographie Edward Hopper publiée par Flammarion en 2006)

   

   Philippe Besson prénomme la femme en rouge Louise et en fait une dramaturge reconnue. Elle attend son amant. En lieu et place arrive Stephen, son ancien compagnon. On assiste alors à leurs retrouvailles, plusieurs années après la rupture. Retrouvailles également avec un lieu, le café « Chez Phillies » et son serveur Ben qui a suivi les aléas du couple.

   Les états d’âme et l’intériorité des personnages sont finement rendus, les dialogues sont tout en retenue et bien peu démonstratifs. Besson, par un ressenti en demi-teinte, a réussi à rendre compte de l’atmosphère qui se dégage du tableau : une nostalgie appuyée, accentuée par la fin de l’été et le calme de ce café retiré de l’agitation.
   

   Néanmoins, il me semble que ce genre d’exercice a ses limites : en effet, chacun a sa vision du tableau et a parfois déjà imaginé sa propre histoire. Ainsi, s’il n’y a pas concordance entre notre ressenti et celui de Besson, on peut rapidement être déçu.

   

Aurélie l'a également lu (par ma faute!) et ne me remercie pas forcément...


Philippe Besson, L'arrière-saison, Julliard, 2003. 191 p., 16€60.