Puisque les polars scandinaves sont dans l’air du temps et qu’il m’est impossible pour le moment de lire Millenium (la série est constamment empruntée et réservée par les lecteurs de la médiathèque !), j’ai décidé de partir à la découverte d’auteurs moins médiatisés.
   
Mon choix s’est porté sur l’Islande avec La cité des Jarres d'Arnaldur Indridason et la Suède avec Le policier qui rit de Per Wahlöö et Maj Sjöwall et Danse avec l'ange d'Ake Edwardson. Un constat s’est vite imposé à moi : parfois, la géographie n’a pas tant d’influence qu’on aimerait le penser sur l’écriture. Certes, la neige, le froid et la pluie sont omniprésents dans ces trois romans et les noms suédois et irlandais sont invariablement exotiques et difficiles à retenir pour un francophone. Passés ces quelques éléments de décor, les polars scandinaves restent des polars qui s’inscrivent dans une histoire littéraire, qui jouent avec les codes du genre et qui possèdent, chacun, des qualités propres.

   

   Comme j’aime bien revenir aux sources, j’ai lu une enquête de l’inspecteur Martin Beck écrite en 1968 par le couple Sjöwall et Walhöö et c’est sans hésitation mon préféré. Dans Le policier qui rit, l’enquête et les procédures policières tiennent l’ensemble du récit. Le lecteur suit le rythme de l’enquête avec ses hésitations, ses blocages jusqu’à la résolution finale, forcément surprenante. Tout est vu du point de vue des enquêteurs sans aucune incursion dans la psyché du criminel ou des victimes. Ici, c’est bien le travail et la personnalité des policiers qui importent. L’écriture est en apparence distanciée voire clinique mais une certaine chaleur humaine affleure lorsque l’on voit les policiers évoluer dans leur cercle familial. Puis il y a également un humour retenu qui fait mouche lors de la description de certains policiers en action, comme par exemple Kvant et Kristiansson, sorte de Dupond/Dupont du froid, qui par leurs maladresses, parviennent à détruire des indices sur le lieu du crime !

 

   La cité des jarres d’Arnaldur Indridason est également une enquête suffisamment complexe pour surprendre et tenir le lecteur en haleine. L’affaire qui occupe l’inspecteur Erlendur est bien plus qu’un « meurtre islandais, bête et méchant » tel qu’il est tout d’abord perçu par la police criminelle. La personnalité d’Erlendur donne assurément du relief au récit : divorcé, la cinquantaine souffreteuse et père d’une fille toxicomane, il a tout de l’inspecteur déprimé auquel on finit par s’attacher. Enfin, le texte de La cité des jarres est complètement travaillé par des questions de filiation, d’héritage et de transmission qui semblent par ailleurs être des interrogations de première importance en Islande.

 

   Je ne m’étendrais pas sur Danse avec l’ange d’Ake Edwardson, polar qui m’a paru poussif, sans originalité et quelque peu complaisant envers la violence qu'il décrit. Ce livre m’avait pourtant été chaudement recommandé par une lectrice de la médiathèque : il a certainement des qualités que je n’ai pas su voir.

   

   A noter : Rivages réédite actuellement les livres de Sjöwall et Wahlöö. Roseanna : le roman d’un crime et L’homme qui partit en fumée sont d’ores et déjà disponibles. Les enquêtes de Martin Beck ont autrefois été publiées dans la collection « Grands détectives » chez 10/18 et sont aujourd’hui épuisées.


Maj Sjöwall, Per Wahlöö, Le policier qui rit, Les enquêtes de l'inspecteur Beck, 10/18, Grands détectives, 1985. Traduit de l'anglais (!!) par Michel Deutsch. 277 p.
Arnaldur Indridason, La cité des jarres, Métailié, Bibliothèque nordique, 2005. Traduit de l'islandais par Eric Boury. 286 p., 18€.
Ake Edwardson, Danse avec l'ange, J.C. Lattès, 2002.  Traduit du suédois par Anna Gibson. 454 p., 20€.