Le faon est le discours introspectif d’Esther, une comédienne hongroise. A plusieurs reprises, Esther se définit comme une femme sans visage, ce qui lui donne la capacité innée d’emprunter les visages de ses personnages. Mais dans son long monologue, l’un de ses visages intimes apparaît : celui d’une femme maladivement jalouse. En effet, Esther s’est, dès son enfance, enfermée dans une jalousie extrême envers Angela, jeune fille parfaite et aimée de tous. La jalousie, l’envie et la haine sont tour à tour disséquées par une Esther lucide et bien peu tendre envers elle-même.
   L’empathie est difficile à ressentir car cette femme pour qui la mesure des sentiments et la tiédeur n’existent pas s’avère certes attachante mais fort peu sympathique. Mais c’est précisément le malaise que l’on ressent face à ce ressassement de la jalousie qui trouble, interpelle et questionne.

  Cette radioscopie de la jalousie est décrite dans une langue parfaitement maîtrisée et soutenue par une construction du récit complexe : les différentes périodes de la vie d’Esther s’entremêlent dans son discours, de façon parfois imperceptible, donnant une forte cohérence à sa personnalité. L’arrière-plan historique (l’entre-deux guerre en Hongrie, les débuts du communisme) et social (les sphères de la haute bourgeoisie) transparaît subtilement, donnant au texte une charmante touche désuète.

Un roman à conseiller aux lecteurs qui aiment les explorations psychologiques et les sentiments peu consensuels.

Magda Szabo, Le faon, Viviane Hamy, 2008. Traduit du hongrois par Suzanne Canard, 236 p., 21€. Texte paru en 1959, première tarduction en français.