Blog superflu

Les lectures d'une bibliothécaire

09 novembre 2009

Bernard Ollivier, Aventures en Loire, 1000 km à pied et en canoë, Phébus, 2009.

loire   Le dépaysement et l’aventure ne sont pas seulement l’apanage des grandes expéditions à l’autre bout du monde : Bernard Ollivier qui a parcouru à pied la route de la soie (cf Longue marche, 3 tomes chez Phébus) se lance dans un périple a priori plus modeste mais au final tout aussi riche en rencontres, surprises et beautés. A 70 ans passés, le voilà fiancé au plus long fleuve de France, du Mont Gerbier-de Jonc à Nantes, pour six semaines, tout d’abord à pied puis à bord d’un canoë malicieusement baptisé « Canard ».


   Le baroudeur infatigable s’interroge sur son état et sur la vieillesse qui, bien plus que la mort, l’effraie. Cette avancée en âge l’empêchera-t-elle de dépenser sa folle énergie ? Le corps renoncera-t-il quand l’esprit est encore fougueux ? Voyager, seul de surcroît, est une façon de se mettre à l’épreuve et de ne pas laisser gagner la vieillesse. Puis, on a beau avoir 70 ans, on a encore bien à apprendre quand on n’a jamais manié la pagaie auparavant ! « De toute façon, arrivé à Nantes, tu sauras tout. » comme le dit un moniteur de kayak à Retournac !


   Pour Bernard Ollivier, le voyage se fait seul pour mieux rencontrer les autres. Voyager sur la Loire ou la route de la soie, c’est lier des amitiés, découvrir les autres et se nourrir de leur chaleur. Donner et recevoir et ce, dans un pays de sédentaires où l’on dit que l’hospitalité a disparu : les ligériens prouvent le contraire tout au long du parcours et donnent l’occasion à Bernard de croquer de jolis portraits de passionnés de pêche, de navigation, d’histoire, de vins…sans oublier les amoureux de la Loire ! Après tout, c’est bien elle la vedette de ce livre et à l’issue de cette lecture, on en sait un peu plus sur un fleuve sauvage, capricieux, changeant et majestueux.


Une belle aventure humaine rythmée par les amitiés et les eaux ligériennes.


« […] celui qui fait le voyage doit en assumer tous les choix. » p. 29

« L’aventure est dans la manière du voyage plus que dans le lieu. » p. 252

« Non, ce qui me fait chanter dans les bourrasques, c’est la joie partagée avec ces femmes et ces hommes qui en m’offrant l’hospitalité ont compris, mieux que moi sans doute, que la seule valeur qui vaille, la seule richesse qui ne sera jamais cotée en bourse car elle est inestimable, c’est la relation humaine, l’ouverture à l’autre, le partage, d’un verre de vin ou d’un morceau de pain, l’amitié offerte sans contrepartie. » p. 172


Celles et ceux qui sont montés à bord du canoë : Dominique, Cathulu, Saraswati, Le Corbeau 78.


Bernard Ollivier, Aventures en Loire, 1000 km à pied et en canoë, Phébus, 2009. 265 p., 17 €.


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08 novembre 2009

Philip Roth, Exit le fantôme, Gallimard, Du monde entier, 2009.

roth   Pour les lecteurs de Philip Roth, Nathan Zuckerman est plus qu’un nom connu, c’est un familier dont ils ont pu suivre toute l’évolution à travers de nombreux romans. Exit le fantôme leur donne une dernière fois ( ? soyons optimiste, il ne meurt pas au cours du roman…) des nouvelles de l’écrivain.


   Après onze années de réclusions volontaires à la campagne, le voilà de retour à New York, confronté à ses contemporains qu’il ne comprend plus. Philip Roth aurait pu profiter comme à l’habitude de cette situation prometteuse pour une analyse de l’Amérique de 2004 : certes, il l’esquisse notamment par le bais de la réélection de Bush fils et des utilisations abusives du téléphone portable mais il s’attache davantage à la déchéance physique et intellectuelle de son héros. On pourra regretter donc cette impasse sur un sujet passionnant. Mais après tout, se questionner sur la société américaine, c’est ce que fait la majeure partie des écrivains américains traduits en France : on aura donc de quoi se mettre sous la dent avec d’autres romans.


   Exit le fantôme est plus le récit universel de la vieillesse et de ses ravages. L’être tout entier se trouve réduit aux contraintes d’un corps défaillant : difficile à vivre encore plus pour un esprit libre qui a toujours voulu se singulariser et que le déclin rapproche des autres. Comment continuer à écrire quand on ne se souvient plus de la page précédente ?

   Une tristesse désabusée traverse tout le texte et l’amertume qui atteint Zuckerman le fait douter de l’avenir même de la littérature. Mais, comme on ne se refait pas, il fantasme tout de même copieusement sur une jeune new-yorkaise et se sert de cette relation pour retrouver sa vigueur littéraire. Pour combien de temps néanmoins ?


« D’une façon ou d’une autre, comme une flèche ou errant sans but, on arrive toujours à la fin du chemin. » p.197

« Il mourut comme nous mourons tous : en parfait amateur » p. 297

Amis neurasthéniques, bonsoir !


Cathe et Gaélig de Seren dipity ont beaucoup aimé.


Philip Roth, Exit le fantôme, Gallimard, Du monde entier, 2009. (Exit Ghost). Traduit de l'anglais par Marie-Claire Pasquier. 326 p., 21 €.


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05 novembre 2009

Laurent Mauvignier, Des hommes, Les Editions de Minuit, 2009.

des_hommes   Où parler de ce dont on ne parle pas, où peut-on briser les silences si ce n’est en littérature ? Laurent Mauvignier s’empare à bras le corps d’un sujet encore tabou, d’une guerre qui n’a longtemps pas été considérée comme telle, d’une déchirure encore trop vive pour certains de nos contemporains.

   Des hommes, oui ce sont des hommes comme l’on dit sans histoires, et pourtant il suffit d’un incident pour que reviennent à la mémoire les souvenirs qu’on a l’habitude d’enfouir. Ils sont allés en Algérie, dans un pays inconnu où l’ennui et la peur constituent le lot quotidien. Il n’y a même pas de camaraderie entre eux : « il n’est pas seul à être seul, ils sont seuls tous ensemble. » p.161. Jusqu’au moment où la violence se déchaîne et s’étale, crue et insupportable.

   Puis il y a le retour parmi ceux qui ne veulent pas en entendre parler, parce que quand même, ça n’a rien à voir avec Verdun, on n’appelle même pas ça une « guerre ». « La vérité c’est que le passé, le passé, on n’en parle pas, il faut continuer, reprendre, il faut avancer, ne pas remuer. » p 251. Pourtant le vécu est en chacun d’eux, hante les consciences, s’immisce dans le sommeil : comment vivre avec l’horreur quand autour de soi tout est si confortable, si anodin ?


   Des hommes fait œuvre de mémoire, témoigne pour ceux qui n’ont pas pu parler, ou si peu en faisant justement entendre leurs voix : d’où un style très oral qui ne m’a pas toujours complètement convaincue. L’exercice est en effet périlleux et n’est pas François Bon, (époque Minuit) qui veut. Dommage aussi que la première partie avant la plongée dans le passé soit un peu trop longue et n’apporte pas grand-chose à l’ensemble du roman.


Malgré ces quelques bémols, Des hommes est assurément un récit courageux et une lecture nécessaire.


Des avis divergents, notamment par rapport au style : Sylire, Aurore, Val, et Stéphanie


Laurent Mauvignier, Des hommes, Les Editions de Minuit, 2009. 280 p., 17,50 €


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31 octobre 2009

Colette, Le blé en herbe, Garnier-Flammarion, 2000.

colette   Je suis  de retour après une semaine au vert ; je n’ai pour habitude de raconter ma vie ou mes vacances sur ce blog mais je tiens là un argument littéraire! Je suis en effet allée randonner sur les chemins boueux de la Puisaye, (« la quoi ? », « c’est où ? ») pays qui a vu naître Colette, à Saint-Sauveur-en-Puisaye plus exactement. Elle y a passé les 18 premières années de sa vie et le raconte dans les Claudine. Cette escapade a été pour moi l’occasion de découvrir Colette par la lecture du Blé en herbe.

   Nous quittons les rudesses de la Bourgogne pour la douceur de la côte cancalaise là où deux adolescents parisiens, Vinca et Philippe, passent leurs vacances depuis l’enfance. Amis depuis toujours, la naissance du désir et l’effondrement de l’innocence viennent troubler leur relation et ce, d’autant plus que Philippe s’initie aux plaisirs charnels auprès d’une femme de 30 ans, tout en ayant à l’esprit sa belle amie Vinca mi-femme, mi-gamine.

   Le texte est parcouru d’une tension à la fois psychologique et sexuelle qui rend les personnages ardents, impatients de vivre et de mourir. L’ambiguïté et la subtilité règnent en maître dans ce texte publié en 1923 où l’adolescence est décrite avec une justesse sidérante. Et que dire également de cette hardiesse à montrer une femme qui dévergonde un jeune homme orgueilleux qui lui-même « offense » une jeune fille. Pas de doute, nous voilà rentrés dans la modernité où, sous les carcans sociaux, les êtres s’affirment et vivent en secret leurs désirs.


   Pour finir sur la Puisaye, je vous encourage à aller la visiter (pour ceux qui aiment la campagne et le calme !) et à faire une halte d’une journée à Guédelon, projet fou et passionnant : en pleine forêt, des hommes et des femmes construisent à partir de zéro un château-fort avec les moyens techniques de l’époque ! Le chantier a ouvert en 1997 et doit durer plus d’une vingtaine d’années ! Jetez vos manuels scolaires poussiéreux et allez à Guédelon pour une leçon d’histoire pour petits et grands à ciel ouvert. Je vous conseille fortement la visite guidée (non, non, vous ne bâillerez pas, les guides sont des mordus qui passionnent même les plus réticents !) pour mieux comprendre les implications historiques, architecturales et sociales. Guédelon : incroyable mais vrai!


Colette, Le blé en herbe, Garnier-Flammarion, 2000. 188 p., 3,80 €.


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19 octobre 2009

Elif Shafak, Lait noir, Phébus, Littérature étrangère, 2009.

lait_noir   Elif Shafak, après être devenue maman pour la première fois, a vécu dix mois au côté de Lord Poton, le djinn de la dépression post-partum. Suite à cette douloureuse expérience, Elif Shafak essaie de comprendre sa mélancolie avec ses propres moyens : l’écriture et l’imagination.

   

   Ainsi, Lait noir est tout d’abord une autobiographie centrée sur ces moments particuliers où la jeune auteure s’interroge sur son désir d’enfant, sur la possibilité ou non de concilier maternité et écriture et sur sa dépression. Autobiographie plaisante où le lecteur fait connaissance avec Elif par le biais de son « Chœur de voix intérieures » : un cortège de six femmes miniatures qui représentent chacune un aspect de la personnalité de l’auteure. Les conflits entre les petites femmes sont cocasses et traduisent avec humour les contradictions d’Elif : comment vivre avec le caractère affirmé de Miss Ego Ambition, comment être heureuse avec la manie de tout analyser de Miss Cynique Intello et comment faire que ces deux là supportent Maman gâteau et son côté exagérément maternel ?


   A l’expérience personnelle de l’écrivain turque s’ajoute une réflexion plus générale sur le statut des femmes écrivains : l’écriture et la création semblent en effet difficilement compatibles avec la maternité, surtout lorsque le père laisse toute la responsabilité de l’enfant à la mère ! Elle évoque donc en autres Virginia Woolf, Sylvia Plath, Zelda Fitzgerald et de nombreuses auteures turques qui dessinent chacune un rapport singulier à la maternité et à l’écriture.

   

  Un texte sincère, écrit dans une belle langue riche de métaphores, pour tous ceux qui s’intéressent aux processus de création et qui donne envie de découvrir les romans d’Elif Shafak traduits en français : La bâtarde d’Istanbul et Bonbon palace.


Amanda, après quelques réticences, ne regrette vraiment pas de l'avoir lu! Bookomaton a bien aimé, un coup de coeur pour Sylvie de Passion des livres, idem pour une autre Sylvie, celle de Sylvie-lectures.


Elif Shafak, Lait noir, Phébus, Littérature étrangère, 2009. Traduit du turc par Valérie Gay-Aksoy. 352 p., 22 €.


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16 octobre 2009

Gwenaëlle Aubry, Personne, Le Mercure de France, 2009.

personne   Personne est le portrait sous forme d’un abécédaire (de A comme Artaud à Z comme Zelig) d’un père différent. Homme aux multiples facettes jusqu’à ne plus connaître lui-même sa propre identité, le père de Gwenaëlle Aubry est ce qu’on appelle un « fou », un mélancolique, un dépressif. Professeur de droit issu d’une famille bourgeoise, il connaîtra la clochardisation, l’alcoolisme, l’exclusion.  Du reste, il se choisit  comme emblème le mouton noir; il se compose également un bestiaire à la fois rassurant et mystérieux. Tout comme l’ensemble de son univers mental d’une richesse et d’une finesse infinies : Aubry a en effet choisi d’intégrer dans son récit des extraits d’un texte écrit par son père où il se raconte et s’analyse (au sens psychanalytique du terme).

   

   Cet homme-là était certainement hors du commun : un être ultrasensible, trop lucide et finalement inadapté à notre monde si sérieux, lui qui avoue n’avoir pas vieilli au-delà de sa cinquième année. Les descriptions de repas de famille bourgeoise où chacun se doit de jouer une mascarade sociale afin d’être accepté est d’une justesse poignante. Ce jeu social où l’on masque sa personnalité profonde n’est-il pas déjà le début d’une folie, celle de la normalité et de la peur du « qu’en dira-t-on » ? La folie du père paraît ainsi plus clairvoyante à sa fille que la santé mentale des autres.


   La prose d’Aubry est faite de longues phrases amples qui vont et viennent comme le mouvement de la mer, comme pour enserrer ce cher papa maintenant disparu. L’abécédaire évite aussi la linéarité et permet de superposer les époques, les nombreuses personnalités du père : voilà un procédé littéraire tout simple mais qui décuple l’émotion, nuance et approfondit toujours plus le portrait.


Bouleversant de bout en bout, Personne est un hommage magnifique au père.


D'autres lectrices : Mlle Georges et Malice.


Gwenaëlle Aubry, Personne, Le Mercure de France, 2009. 158 p., 15 €.


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15 octobre 2009

Jacques A. Bertrand, Les autres, c'est rien que des sales types, Julliard, 2009.

autres   Retrouver les portraits de Jacques A. Bertrand est toujours un plaisir jubilatoire. Après les bestioles peu aimées des humains, voici réunis quelques spécimens qui empoisonnent la vie de l’honnête homme (lui-même plutôt misanthrope…) : le Con, le Jeune, le Commerçant, le Touriste, le Végétarien, l'Imbécile heureux et tutti quanti.


   Jacques A. Bertrand observe les animaux comme les humains avec une précision de naturaliste qui classe, définit, et compare les étranges phénomènes qu’offre l’humanité. On ricane car, bien sûr, on reconnaît ses proches (amis ou ennemis !) et surtout on se reconnaît soi-même !

   Erudits et vachards, ces « caractères » contemporains se dégustent comme du petit-lait : on en redemande !


D'autres lectrices conquises : CatheCathulu.

Jacques A. Bertrand, Les autres, c'est rien que des sales types, Julliard, 2009. 134 p., 15 €.

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08 octobre 2009

Cécile Ladjali, Ordalie, Actes Sud, 2009.

ordalie   Au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale en Europe, Ilse et Lenz sont deux êtres hors du commun taraudés par leur génie poétique et leur vision personnelle d’un monde qui ne s’accorde pas avec leur sensibilité. Ilse et Lenz s’aiment mais ne peuvent vivre ensemble. Ilse et Lenz sont les doubles d’Ingeborg Bachmann, artiste autrichienne et de Paul Celan, poète né en Bucovine et s’exprimant en allemand. Ordalie est selon le mot même de Cécile Ladjali un palimpseste de leurs œuvres.

   

   Cette histoire d’amour impossible est racontée par Zak, le cousin d’Ilse qui en est amoureux fou. Et c’est bien là peut-être le principal problème de ce livre : en effet, ce procédé narratif nous éloigne non seulement du sentiment amoureux des deux artistes mais également de la genèse de leur travail poétique. Tout cela paraît bien distant et l’empathie n’est guère possible.

   Zak est de surcroît un narrateur antipathique, autrefois fasciné par le nazisme et qui n’éprouve aucun sentiment de repentance. Il passe des années à se complaire dans une fascination délétère envers sa cousine qui lasse et paraît peu crédible.

   Pour finir, la langue de Ladjali est toute entière marquée par son érudition classique : son style est recherché, précieux et parfois trop maniéré. En définitive, Ordalie est écrasé par le poids de ses modèles et des (trop ?) nombreuses références qui parsèment le texte.

Avis contrastés dans la blogosphère! Les enthousiastes : Sabine, Lilly, Lou, la mitigée : Stephie, les déçues : MaliceBellesahi...dont je fais partie!

Cécile Ladjali, Ordalie, Actes Sud, 2009. 201 p., 18 €.


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06 octobre 2009

A.M. Homes, Le sens de la famille, Actes Sud; Lettres américaines, 2009.

homes   Le sens de la famille est le récit autobiographique d’une enfant adoptée, fruit d’une liaison adultérine entre un homme marié, d’âge mûr et une jeune fille. L’enfant fut abandonné et finalement adopté par un couple d’universitaires juifs new-yorkais. A l’âge de 30 ans, après avoir fantasmé pendant des années sur ses parents inconnus, A.M.Homes voit surgir brutalement sa mère biologique.

   Le portrait qui en est fait ressemble au rêve américain qui aurait tourné au cauchemar : se comportant comme une petite fille, la mère est une paumée dépressive dont la vie a été gâchée par l’abandon de sa fille. « Après 31 ans, elle est revenue réclamer la vie qu’elle n’a jamais eue. » au point de devenir complètement intrusive dans la vie de sa fille.

   Le père, quant à lui, n’a pas changé d’un pouce et se comporte toujours en égoïste qui protège son confort familial. Le contraste entre la famille adoptive et les parents biologique est tel qu’il dessine deux visions de la société américaine, deux mondes qui n’ont tellement rien à voir qu’ils ne peuvent communiquer. A.M.Homes dissèque les effets dévastateurs de cette schizophrénie entre le biologique et l’éducatif. Sa vie s’en trouve bouleversée puisqu’elle se sent longtemps dépossédée de sa propre existence.


Elle en fait un récit quasiment psychanalytique, parfois impudique, toujours étonnant et passionnant.


Cathe a aussi aimé mais Cathulu juge l'expérience trop intime pour pouvoir aimer ou pas...


A.M. Homes, Le sens de la famille, Actes Sud, Lettres américaines, 2009. (The Mistress's Daughter). Traduit de l'américain par Yoann Gentric. 234 p., 19,80 €.


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28 septembre 2009

Thierry Hesse, Démon, Editions de l'Olivier, 2009.

d_mon   Démon est un grand roman qui fonctionne selon une formule déjà éprouvée et ici parfaitement maîtrisée : la Grande Histoire qui se mêle aux histoires individuelles. Pierre Rotko est journaliste grand reporter. Son père est un juif russe qui, une fois arrivé en France, a gommé toutes les traces de son origine, jusqu’à ne jamais parler de ses parents assassinés par les nazis en 1942. A la fin de sa vie, peu de temps avant son suicide, le père de Pierre décide enfin de transmettre la mémoire d’une histoire familiale troublée, traumatisante mais également passionnante.

   A la faveur de ce récit personnel, Pierre Rotkho replonge dans l’histoire de l’Union Soviétique stalinienne mais aussi de la Seconde Guerre Mondiale. Puis, après la mort de son père, un démon, « moitié juif, moitié russe » qui se cache en lui, pousse le narrateur à aller se confronter à la peur : il part à Grozny, dans un pays meurtri et oublié des grandes puissances.


   Thierry Hesse parvient en des termes clairs et des phrases simples et percutantes à rendre compréhensibles et passionnantes des décennies d’histoire russe, caucasienne et mondiale. Certes, la famille Rotko est le fil conducteur du récit mais on y rencontre également une multitude de personnages historiques connus ou inconnus et on suit avec enthousiasme et émotion la destinée de chacun.


Démon est un faisceau d’histoires qui restent en nous longtemps après avoir lu la dernière page.


Thierry Hesse, Démon, Editions de l'Olivier, 2009. 456 p., 20 €.


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