Un Lapin dans la Bibliothèque

04 janvier 2012

Jorge Amado, Capitaines des sables, Gallimard, L'Imaginaire, 1952.

9782070702374FS« Et il trouvait que la joie de cette liberté était bien mince en regard de la détresse de cette vie. » p.40

   Les Capitaines des sables, qui sont-ils? Hommes-enfants farouches livrés à eux-même, ils ne doivent leur survie qu'à leur propre courage. Enfants démunis, sacrifiés d'une société inégalitaire, enfants heureux de leur liberté et de leur fraternité mais enfants sans enfance qui n'aspirent qu'à la tendresse de parents morts ou inconnus. Les Capitaines des Sables habitent le port de Bahia dans les années 1930 : ils en sont les poètes et les véritables amoureux, eux qui connaissent la ville mieux que quiconque. Pedro Bala est leur chef et Sucre d'Orge, S'la-Coule-Douce, le Chat, le Professeur ou encore Patte-Molle en constituent les membres les plus valeureux.

   Chaque chapitre est un tableau qui décrit un épisode de la vie héroïque des Capitaines des Sables : larcins ingénieux, joies de l'enfance retrouvée face à un vieux manège itinérant, petite vérole ravageuse...Flamboyance et lyrisme imprègnent constamment la destinée pourtant cruelle des enfants des rues de Bahia. Quand la boue se transforme en or...Au loin, le malandro fait résonner une samba qui trotte dans la tête longtemps après avoir quitté Bahia. Un classique, tout simplement.

 

Jorge Amado, Capitaines des sables, Gallimard, L'Imaginaire, 1952. (Capitaes da Areia). Traduit du portugais par Vanina. 251 p. 9,50 €.


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23 décembre 2011

Tanquerelle & Yann Benoît, La communauté, Entretiens, Futuropolis, 2010.

commu   En ces temps de surconsommation frénétique, la lecture de La communauté tombe à point nommé. La communauté c’est une bande de copains qui décide, après mai 68, de partager la même vie.

« On disait : « Travail, vie entière. » - C’est-à-dire ? –Tout était mêlé : jardin, bêtes, construction, mécanique, enfants, artisanat. » p.128

   Autogestion, autosuffisance, refus de la consommation, vie proche de la nature mais aussi travail partagé par tous. Yann Benoît, l’un des membres, se raconte à Tanquerelle qui met en image cette aventure collective. Le vécu se mêle à l’imaginaire pour une immersion totale dans l’atmosphère communautaire.

   On est admiratif de cette envie de ne pas vivre comme tout le monde, d’aller vers une façon d’être adaptée aux humains et aux sensibilités de chacun. Le duo évite constamment le sérieux dogmatique et on rit beaucoup, notamment quand il faut tuer le cochon ou descendre à la cave avec les locaux.

   L’impasse n’est pas faite sur les raisons qui ont mené l’expérience à sa fin : Yann n’enjolive pas la réalité et son témoignage n’en est que plus précieux. De quoi réfléchir sur la capacité ou l’incapacité des humains à inventer une autre vie. Un bonheur de lecture!

D'autres avis : Hop Blog.fr, Belzaran sur Blogbrother, Juliette depuis son bazar.

 

Tanquerelle et Yann Benoît, La communauté, Entretiens, Futuropolis, 2010. 245 p., 29 €.


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04 décembre 2011

Reif Larsen, L'extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S.Spivet, Le Livre de Poche, 2009.

   A première vue, ce livre m’a fait peur : schémas, notes en marge, titre à rallonge…Esbroufe ou génie ? Peurspivet que tous ces à-côtés ne soient qu’ornementations ou pire un cache-misère pour un texte faible.

   Merci au blogoclub de m’avoir poussée à la lecture du voyage de T.S.Spivet car dès les premières pages, mes réticences se sont évaporées. Pas de doute, j’étais face à un grand livre, de ceux que l’on garde en soi longtemps, par la grâce d’un effectivement prodigieux héros adolescent.

   Spivet a 12 ans ; esprit scientifique formé par ses lectures, ses observations et sa coléoptèriste de mère, Spivet considère le monde rationnellement, tout en menant des projets hautement fantasques tels que cartographier le monde entier. Mais le scientifique ne peut jamais s’exclure de l’irrationalité des rapports humains et sous ses abords rigoureux, Spivet doit composer avec une famille pas piquée des hannetons et surtout avec la mort de son frère. Les textes en marge sont ceux où affleure la sensibilité du garçon tandis que les dessins et schémas explicatifs sont comme des balises de repérage pour comprendre le monde.

   Quand Spivet saute clandestinement dans un train pour traverser les Etats-Unis, on savoure le voyage et l’on aimerait rester toujours à ses côtés avec sa valise bourrée à craquer de sextants, de boussoles et même d’un squelette de sansonnet ! Un livre de voyage oui, mais tout autant spirituel que concret et un roman, carnet de notes qui éveille constamment la curiosité. J'adore!

Pour connaître les avis des autres lecteurs, un petit tour chez Sylire s'impose.

 

Reif Larsen, L'extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S.Spivet, Le livre de Poche, 2009. (The Selected Works of T.S.Spivet). Traduit de l'anglais par Hannah Pascal. 408 p., 7,50 €. Illustrations de Ben Gibson et Reif Larsen.


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13 novembre 2011

Sherman Alexie, Le premier qui pleure a perdu, Albin Michel Wiz, 2008.

   Junior a 14 ans : il est né avec trop d’eau dans le crâne, il est myope, presbyte, il zozote et bégaye. Pour ne rien arranger du tout à l’histoire, Junior est un Indien Spokane qui vit dans une réserve où il se fait tabasser quotidiennement en se faisant traiter de gogol. alexie

   Ouh là une histoire de vilain petit canard, oui certes, mais racontée avec une pêche, un sens profond de l’auto-dérision et un optimiste qui laisse admirateur. Junior raconte comme personne la vie dans la réserve et même si son quotidien est fait de violence, d’alcool, de désespoir et de pauvreté, il parvient à éviter la description sordide. Junior se met en scène dans le rôle taillé sur mesure de la victime qui n’a pas de bol mais cet acharnement du destin, commun à tous ses proches, est contrebalancé par son énergie hors du commun.

   Le premier qui pleure a perdu est aussi le récit d’une émancipation : Junior quitte la réserve pour aller dans un lycée de blancs, ce qui est diversement perçu par les siens (victoire ou trahison ?).

   Loin des clichés ou des atermoiements faciles, Sherman Alexie dessine un portrait tendre, rigolo et lucide des siens et vous passerez du rire aux larmes en un seul chapitre !

D'autres lecteurs : Audouchoc, Reno, Cécile.

Sherman Alexie, Le premier qui pleure a perdu, Albin Michel Wiz, 2008. (The Absolutely True Diary of A Part-Time Indian). Traduit de l'anglais par Valérie Le Plouhinec. 280 p., 13 €. Illustration de couverture : Olivier Balez. Illustrations : Ellen Forney.


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12 novembre 2011

Metin Arditi, Le Turquetto, Actes Sud, 2011.

turquetto   Le prix Page des libraires a cet année été attribué pour la sélection française au Turquetto de Metin Arditi. Je n’ai pas participé au prix cette année (rendez-vous l’an prochain !) et n’ai donc pas eu l’occasion de lire les autres titres sélectionnés mais je me réjouis de voir Metin Arditi couronné ! L’histoire du Turquetto m’a en effet passionnée et je ne m’étonne pas de ne pas être la seule.

   Suivre le Turquetto de Constantinople à Venise au 16ème siècle, c’est s’engouffrer dans les soubresauts de l’Histoire, respirer l’odeur âcre des grandes foules tumultueuses, admirer les esquisses et les tableaux des grands maîtres. Metin Arditi ne concentre pas son récit sur la peinture mais livre bien plus au lecteur des atmosphères, des lumières, des odeurs, une sensualité non pas purement sexuelle mais pleinement charnelle. Admirer les chairs des belles esclaves géorgiennes, sentir l’animalité du corps de l’autre, de l’ami ou de l’amante, faire jaillir l’expressivité des visages, voilà ce qu’offre l’écriture d’Arditi et ce, dans un style pourtant épuré mais précis, concis et imagé.

   Au-delà de cet aspect plastique et sensitif qui impressionne la rétine, le mémoire et l’imaginaire, le destin de ce peintre né pauvre et juif passionne par les questions posées : Elie Soriano, bien que doué et amoureux du trait, ne peut être portraitiste puisque sa religion, comme l’Islam, lui interdisent. A la mort de son père, il s’enfuit à Venise, la catholique débauchée, et dissimule sa judéité en devenant le Turquetto. Peintre exceptionnel et reconnu, proche du pouvoir, il n’a pourtant d’autres ambitions que son propre talent. Il est alors accusé d’avoir peint une Cène blasphématoire et surtout les vénitiens découvre qu’il est juif. 

   Déchu, poursuivi et vieillissant, le voilà de retour à Constantinople : la boucle est bouclée et la dernière partie du livre, loin de faiblir, décrit une histoire d’amitié qui clôt avec majesté le destin mouvementé de ce peintre imaginaire. Bravo l’artiste !

 D'autres lecteurs et lectrices : Lecturissime, Là où les livres sont chez eux, La librairie Le goût des mots.

Metin Arditi, Le Turquetto, Actes Sud, 2011. 280 p., 19,50 €. Couverture : détail de L'homme au gant, Le Titien. Musée du Louvre.


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03 novembre 2011

Alice Kuipers, Ne t'inquiète pas pour moi, Albin Michel Jeunesse, 2008.

moi    Peut-être que nous tenons là le premier livre écrit sur Post It ! Il ne vous faudra d’ailleurs que bien peu de temps pour le lire. Ne t’inquiète pas pour moi est la correspondance entre une mère et sa fille qui se croisent sans avoir le temps de se parler. Les Post It collés sur le frigo les rapprochent : le quotidien s’écrit sur les petits papiers avec la liste des courses, les réclamations concernant l’argent de poche, les mots doux…Jusqu’au jour où la maladie s’en mêle et les petits mots griffonnés prennent alors une autre teneur.

   L’originalité de ce livre tient beaucoup à son format court et elliptique : seuls des fragments de l’histoire parviennent aux lecteurs et l’imagination vagabonde entre les bouts de papier jaune.

Tout en retenue et en pudeur, voici un sujet grave et difficile traité avec délicatesse.

Qui l'a lu? Ichmagschreiben, Le chat bouquine.

Alice Kuipers, Ne t'inquiète pas pour moi, Albin Michel Jeunesse, 2008. 242 p., 10 €. Existe en Livre de Poche, 5,50 €. (Life on the Refrigerator Door). Traduit de l'anglais par Valérie Le Plouhinec.

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