Nadine Monfils, La petite fêlée aux allumettes, Belfond, 2012.
Déjanté, allumé, loufoque, vulgaire et provoc’ : les adjectifs ne manqueraient pas pour décrire les livres de Nadine Monfils. Une grosse pochade à ne pas prendre au sérieux, un univers unique où se croisent le surréalisme belge et la trivialité la plus crasse, un univers où le rêve s’invite constamment dans une réalité souvent sordide. Mémés (très !) lubriques, inspecteurs travestis et hommes aux chapeau boule qui réalisent les souhaits des habitants pour se libérer du poids de leurs erreurs passées : voilà quelques figures qui parcourent la ville de Pandore.
L’enquête policière est secondaire et le but de ce livre qui se lit très vite et où l’on rit beaucoup est de se détendre en donnant quand même en passant un grand coup de pied dans la fourmilière de la rationalité !
Qui l'a lu? Pierre, Claude et TotalyBrune.
Nadine Monfils, La petite fêlée aux allumettes, Belfond, 2012. 259 p., 19 €.
Pascal Garnier, Cartons, Zulma, 2012.
Dès les premières lignes on retrouve l’atmosphère propre aux romans de Pascal Garnier : humour noir, ironie vacharde et un peu de tendresse tout de même !
Un roman posthume dans la lignée du Grand loin paru en 2009 : personnages en marge, à la dérive, lâchés dans un monde incompréhensible. Ici, c’est un déménagement et sa cohorte de cartons qui noient Brice, la cinquantaine souffreteuse. Blanche, apparition blafarde, pourra-t-elle lui redonner goût à la vie ?
Une description mordante sans pareil des mœurs villageoises, une lente descente vers les abîmes avec toujours ce regard des désespérés qui aiment la vie malgré tout.
Pascal Garnier, Cartons, Zulma, 2012. 182 p., 17,25 €.
Benny Barbash, Little Big Bang, Zulma, 2011.
Un père de famille israélien gêné par son embonpoint essaie divers régimes et loufoques
: régime carotte ou régime concombre pour finir avec le régime tout olive. Un noyau se coince alors dans son œsophage et voilà qu’un petit olivier se met à pousser dans son oreille…Cette métamorphose extraordinaire n’est qu’un prétexte pour explorer au plus près la cellule familiale israélienne et ses dysfonctionnements. Les joutes oratoires entre la mère et la femme du malheureux homme-olivier valent leur pesant de noyaux d’olive !
Mais n’est-ce pas d’une colonisation dont notre homme est victime ? Comment faire cohabiter deux êtres étrangers dans un même lieu ? Car au-delà de la famille, c’est aussi et surtout du conflit israélo-palestinien dont il est ici question.
Une fable politique et familiale qui aborde avec légèreté les problèmes de la société israélienne.
Benny Barbash, Little Big Bang, Zulma, 2011. 164 p., 17,50 €. Traduit de l'hébreu par Dominique Rotermund.
Jorge Amado, Capitaines des sables, Gallimard, L'Imaginaire, 1952.
« Et il trouvait que la joie de cette liberté était bien mince en regard de la détresse de cette vie. » p.40
Les Capitaines des sables, qui sont-ils? Hommes-enfants farouches livrés à eux-même, ils ne doivent leur survie qu'à leur propre courage. Enfants démunis, sacrifiés d'une société inégalitaire, enfants heureux de leur liberté et de leur fraternité mais enfants sans enfance qui n'aspirent qu'à la tendresse de parents morts ou inconnus. Les Capitaines des Sables habitent le port de Bahia dans les années 1930 : ils en sont les poètes et les véritables amoureux, eux qui connaissent la ville mieux que quiconque. Pedro Bala est leur chef et Sucre d'Orge, S'la-Coule-Douce, le Chat, le Professeur ou encore Patte-Molle en constituent les membres les plus valeureux.
Chaque chapitre est un tableau qui décrit un épisode de la vie héroïque des Capitaines des Sables : larcins ingénieux, joies de l'enfance retrouvée face à un vieux manège itinérant, petite vérole ravageuse...Flamboyance et lyrisme imprègnent constamment la destinée pourtant cruelle des enfants des rues de Bahia. Quand la boue se transforme en or...Au loin, le malandro fait résonner une samba qui trotte dans la tête longtemps après avoir quitté Bahia. Un classique, tout simplement.
Jorge Amado, Capitaines des sables, Gallimard, L'Imaginaire, 1952. (Capitaes da Areia). Traduit du portugais par Vanina. 251 p. 9,50 €.
Tanquerelle & Yann Benoît, La communauté, Entretiens, Futuropolis, 2010.
En ces temps de surconsommation frénétique, la lecture de La communauté tombe à point nommé. La communauté c’est une bande de copains qui décide, après mai 68, de partager la même vie.
« On disait : « Travail, vie entière. » - C’est-à-dire ? –Tout était mêlé : jardin, bêtes, construction, mécanique, enfants, artisanat. » p.128
Autogestion, autosuffisance, refus de la consommation, vie proche de la nature mais aussi travail partagé par tous. Yann Benoît, l’un des membres, se raconte à Tanquerelle qui met en image cette aventure collective. Le vécu se mêle à l’imaginaire pour une immersion totale dans l’atmosphère communautaire.
On est admiratif de cette envie de ne pas vivre comme tout le monde, d’aller vers une façon d’être adaptée aux humains et aux sensibilités de chacun. Le duo évite constamment le sérieux dogmatique et on rit beaucoup, notamment quand il faut tuer le cochon ou descendre à la cave avec les locaux.
L’impasse n’est pas faite sur les raisons qui ont mené l’expérience à sa fin : Yann n’enjolive pas la réalité et son témoignage n’en est que plus précieux. De quoi réfléchir sur la capacité ou l’incapacité des humains à inventer une autre vie. Un bonheur de lecture!
D'autres avis : Hop Blog.fr, Belzaran sur Blogbrother, Juliette depuis son bazar.
Tanquerelle et Yann Benoît, La communauté, Entretiens, Futuropolis, 2010. 245 p., 29 €.
Reif Larsen, L'extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S.Spivet, Le Livre de Poche, 2009.
A première vue, ce livre m’a fait peur : schémas, notes en marge, titre à rallonge…Esbroufe ou génie ? Peur
que tous ces à-côtés ne soient qu’ornementations ou pire un cache-misère pour un texte faible.
Merci au blogoclub de m’avoir poussée à la lecture du voyage de T.S.Spivet car dès les premières pages, mes réticences se sont évaporées. Pas de doute, j’étais face à un grand livre, de ceux que l’on garde en soi longtemps, par la grâce d’un effectivement prodigieux héros adolescent.
Spivet a 12 ans ; esprit scientifique formé par ses lectures, ses observations et sa coléoptèriste de mère, Spivet considère le monde rationnellement, tout en menant des projets hautement fantasques tels que cartographier le monde entier. Mais le scientifique ne peut jamais s’exclure de l’irrationalité des rapports humains et sous ses abords rigoureux, Spivet doit composer avec une famille pas piquée des hannetons et surtout avec la mort de son frère. Les textes en marge sont ceux où affleure la sensibilité du garçon tandis que les dessins et schémas explicatifs sont comme des balises de repérage pour comprendre le monde.
Quand Spivet saute clandestinement dans un train pour traverser les Etats-Unis, on savoure le voyage et l’on aimerait rester toujours à ses côtés avec sa valise bourrée à craquer de sextants, de boussoles et même d’un squelette de sansonnet ! Un livre de voyage oui, mais tout autant spirituel que concret et un roman, carnet de notes qui éveille constamment la curiosité. J'adore!
Pour connaître les avis des autres lecteurs, un petit tour chez Sylire s'impose.
Reif Larsen, L'extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S.Spivet, Le livre de Poche, 2009. (The Selected Works of T.S.Spivet). Traduit de l'anglais par Hannah Pascal. 408 p., 7,50 €. Illustrations de Ben Gibson et Reif Larsen.

